#DébatsVerts17

Pourquoi je ne pourrais faire de la politique nulle part ailleurs que chez les Verts ?

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Mon histoire avec les Verts

Je suis devenue membre des Verts à la fin des années nonante. C’était une démarche toute naturelle. Je faisais de la recherche sur l’éthique de la responsabilité à l’Université de Lausanne, autour des philosophes Hans Jonas et Dieter Birnbacher, qui traitent de notre rapport à l’environnement et aux générations futures. J’étais aussi engagée au WWF. Puisque la question environnementale était au centre de mes réflexions, cela me semblait évident de soutenir le parti dont c’était le thème. A vrai dire, je ne connaissais pas très bien les Verts. J’avais simplement la conviction que mes travaux d’intellectuelle et mon engagement associatif n’étaient pas suffisants, que quelque chose devait aussi être fait au niveau politique, et que les Verts étaient le seul parti crédible sur l’environnement. Je me suis ensuite rapidement retrouvée sur une liste, puis j’ai été élue sans avoir le temps de me poser la question de savoir si je voulais vraiment faire activement de la politique !

d’autres spécificités du parti, dont je ne soupçonnais pas l’existence auparavant, m’ont énormément plu.

En connaissant mieux les Verts, j’ai découvert que j’avais bien fait de les rejoindre côté environnement, mais ça, ce n’était pas une surprise. Par contre d’autres spécificités du parti, dont je ne soupçonnais pas l’existence auparavant, m’ont énormément plu. C’est pourquoi j’ai finalement abandonné mon projet académique et chamboulé tant ma vie professionnelle, de couple que familiale, pour m’engager à fond aux côtés des Verts.

Assumer nos responsabilités

La responsabilité était et reste ma grande préoccupation philosophique. Comment assumer les conséquences de nos actes, quand ils ont un impact sur l’ensemble de notre planète et sur des centaines de générations ? Comment pouvons-nous gérer, individuellement et collectivement, les conséquences de tels actes ? Qu’implique pour nous, êtres humains, le fait que nous soyons capables de détruire les bases de notre propre existence sur cette planète ? Dans quelle mesure sommes-nous responsables de la pérennité de notre environnement ? La nature peut-elle avoir une valeur en soi ? Quelle relation éthique pouvons-nous entretenir avec les générations futures ?

En m’engageant chez les Verts, j’ai réalisé que je n’étais pas la seule à me poser de telles questions : beaucoup d’autres s’engagent au quotidien, dans leur vie privée comme dans leur mandat politique, pour développer des réponses à ces questions. Ces personnes cherchent à assumer leurs responsabilités face à l’environnement et face à nos descendants. Et surtout, elles tentent de faciliter la vie de toutes celles et ceux qui veulent en faire de même, en développant des politiques porteuses de solutions.

J’ai aussi découvert des gens qui étaient à l’exact opposé des clichés qu’agitent nos adversaires : des bons vivants, des libertaires, des gens tolérants et ouverts, des gens positifs, créatifs et innovants, qui s’engagent pour que la qualité de vie dont nous bénéficions aujourd’hui soit toujours accessible à nos descendants. Cette union entre, d’une part, une démarche responsable basée sur des valeurs fondamentales solides et, d’autre part, une sorte de pragmatisme positif et créatif dans leur application, ne cessera jamais de me séduire.

Faire de la politique autrement

Les Verts vaudois sont probablement l’un des partis écologistes où l’idée de faire de la politique autrement est la plus fortement ancrée. D’ailleurs, pour beaucoup d’entre nous, les Verts vaudois sont plus un mouvement qu’un parti. Faire de la politique autrement, cela implique le respect de la diversité à l’intérieur même du mouvement, la volonté d’écouter, de respecter et de comprendre la position de l’autre, au sein du parti, mais aussi à l’extérieur, lors des échanges avec un adversaire politique. Cela implique tolérance et goût de la discussion. C’est, fondamentalement, refuser tant l’esprit partisan que le dogmatisme, qui sont des freins puissants au développement de solutions communes.

La politique, c’est la dignité de la démocratie. C’est faire avancer une discussion jusqu’à ce que des points de convergence émergent, trouver ensemble des solutions.

Faire de la politique autrement, c’est aussi combattre résolument tous les populismes, qu’ils soient de droite ou de gauche. C’est accepter la complexité des dossiers, reconnaître leurs exigences, prendre du temps pour les comprendre, tenir compte de différents points de vue, savoir parfois se remettre en question, être créatif. La politique n’est pas un spectacle, ni un pugilat, encore moins un jeu de pouvoir ou d’ego. La politique, c’est la dignité de la démocratie. C’est faire avancer une discussion jusqu’à ce que des points de convergence émergent, trouver ensemble des solutions. Je suis consciente du côté profondément idéaliste de cette vision, surtout aujourd’hui. Mais je ne peux tout simplement pas faire de la politique en dehors de ces fondamentaux.

Faire de la politique autrement, c’est enfin, conformément aux statuts historiques des Verts suisses, le refus des dichotomies traditionnelles, comme l’opposition gauche – droite. Quand on est Vert, on a le droit – et même le devoir – de s’émanciper de ce type de carcan, de refuser les idéologies qui nous empêchent de penser. En réalité, le vrai combat aujourd’hui, bien au-delà de l’opposition gauche – droite, est celui de l’ouverture et de la foi en l’avenir, face au repli et au conservatisme. Je crois aux valeurs libérales, mais toujours assorties des exigences de la responsabilité envers le plus faible, envers nos descendants et envers la nature. Ceci me différencie définitivement de la droite traditionnelle. A l’inverse, je n’aime pas qu’on m’enferme dans « la gauche ». Je n’aime pas la centralisation ni l’étatisme. Je veux au contraire promouvoir la diversité et l’autonomie au plus près des individus. Je suis Verte, un point c’est tout.

Oser l’esprit pionnier

« Ni de gauche, ni de droite, mais devant. » : comme se plaisait à souligner un ancien président des Verts vaudois. Les Verts sont un parti de pionniers. La durabilité et le long-terme sont au cœur de leur action. C’est un autre rapport au temps, qui caractérise leur manière de faire de la politique. Cela exige beaucoup de courage, car on a souvent raison seul et trop tôt. Les Verts sont des lanceurs d’alerte, mais aussi des lanceurs d’idées nouvelles. Ces idées nouvelles sont ensuite souvent reprises puis portées par d’autres, selon un processus que Luc Recordon a joliment appelé la « naturalisation des idées ».

Je suis fière d’être dans un parti qui ne choisit pas ses dossiers par facilité, mais qui est porteur d’une vision sur le long terme…

Ceci ne va pas sans frustration pour les Verts, car ce sont souvent ces « autres » qui se retrouvent sur le devant de la scène, plutôt que les pionniers. Mais peu importe, il en faut qui aient l’audace de se lancer d’abord, d’assumer les incompréhensions et les refus initiaux, pour que l’idée nouvelle commence son parcours. Les Verts sont de ceux-ci. Ils aiment les nouvelles technologies, les nouveaux modèles économiques, les nouveaux enjeux de société. Ils s’engagent au premier rang pour en souligner les opportunités, pour les promouvoir, parfois aussi pour montrer comment on peut en gérer les risques. Je suis fière d’être dans un parti qui ne choisit pas ses dossiers par facilité, mais qui est porteur d’une vision sur le long terme et qui a assez de force intérieure pour jouer ce rôle – souvent ingrat mais indispensable – d’éclaireur.

Nous avons besoin aujourd’hui, plus que jamais, de gens qui croient en l’avenir. Chez les Verts, on défend le « Yes we can » plutôt que cet horrible slogan conservateur, celui de ce nouveau président américain qui veut faire croire que « c’était mieux avant ». L’esprit pionnier et le courage politique sont une forme d’humanisme : nous croyons en la capacité des êtres humains de développer des solutions pour un monde meilleur, et nous nous engageons au quotidien pour que nos enfants et petits-enfants puissent en bénéficier demain.

Voilà ce que j’ai découvert chez les Verts et qui m’a tant séduite, en plus de leur magnifique engagement pour l’environnement. Voilà pourquoi je ne pourrais faire de la politique dans aucun autre parti. Et voilà pourquoi je m’engage aujourd’hui, encore et encore, avec passion, pour le projet qu’ils incarnent.

Adèle Thorens
Faut-il vraiment présenter Adèle Thorens-Goumaz ? conseillère nationale verte vaudoise depuis 2007, co-présidente des Verts (2012-2016), co-présidente du comité d’initiative pour une économie verte, spécialiste en politique de l’environnement et de la durabilité et grande défenseuse de la biodiversité et du climat.

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