#DébatsVerts17

Avec engagement et plaisir pour le bien public

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Avec engagement et plaisir pour le bien public

Adolescente, j’ai entendu parler du rapport du Club of Rome, par mon père. On devrait absolument s’engager en politique me disais-je, mais je ne serai jamais politicienne. Je détestais les marchandages entre partis politiques, l’hypocrisie des mises en scène officielles par rapport à ce qui se passe derrière.

Je n’ai jamais fait de la politique (et j’en ai toujours fait.)

En réalité, je me suis toujours engagée pour le bien commun : déjà au début des années ’80 en pédalant avec mon mari aux manifestations anti-nucléaires, et ensuite en travaillant dans la coopération au développement. Bien sûr, la coopération s’abstient de s’immiscer dans la politique du pays hôte. Mais au Rwanda il y a 30 ans, je participai à un projet pour que le pays gère mieux ses centrales hydroélectriques et à un autre qui se préoccupait des besoins en énergie des ménages ruraux. Donner des moyens aux pauvres de réduire leur dépendance, les faire gagner des parcelles de pouvoir, ce n’est pas de la politique.

De retour à Berne au DFAE, ce fut l’époque passionnante de la première conférence de Rio qu’il fallait préparer et de l’adhésion de la Suisse aux institutions de Bretton Woods. Nous pensions que, maintenant, tout le monde avait compris que nos modes de vie devaient respecter la capacité de nos environnements naturels de les supporter. Et, au début des années ’90, nous avions déjà toutes les connaissances, les moyens – et le temps (!) de réussir une évolution positive. Il était parfaitement possible de limiter le réchauffement climatique à un degré tout en intégrant les besoins grandissants des différents peuples. En parallèle, un master en administration publique m’a donné les outils pour travailler mon trio thématique préféré : l’aménagement du territoire / l’énergie / la mobilité – et partout la participation de la population.

Quel bonheur de pouvoir réunir des représentants de différents ministères, des syndicats et des chercheurs qui s’ignoraient mutuellement…

Pleine d’enthousiasme, j’ai poursuivi mon engagement en Bolivie : protéger les ressources biogénétiques contre l’exploitation sauvage des multinationales, encourager l’administration transparente des communes, faciliter l’accès des peuples indigènes à la formation et aux soins de santé, réussir un programme d’électrification rurale avec des énergies renouvelables. – Ce n’est pas de la politique bien sûr, seulement du soutien aux gens, aux groupes d’intérêt pour se faire entendre, obtenir les informations essentielles, avoir accès à des financements et prendre son destin en mains. Quel bonheur de pouvoir réunir des représentants de différents ministères, des syndicats et des chercheurs qui s’ignoraient mutuellement, afin d’instaurer une délégation bolivienne capable de défendre les intérêts du pays lors des négociations du protocole de Kyoto ! J’étais conseillère, source d’informations et d’accès aux soutiens internationaux, confidente et liaison discrète entre les protagonistes. « Doña Cristina, ne pourrais-tu pas signaler à l’autre que… » J’étais heureuse quand les collègues boliviens étaient fiers de leur projet. Ils m’appelaient la marraine du programme. Dix ans après, certaines de ces initiatives font partie du fonctionnement normal du pays.

… quelle satisfaction quand cela fonctionne et dure !

Une manière particulière de ne pas faire de la politique, que j’ai poursuivie encore en Amérique centrale. Coordonner la gestion des ressources d’eau entre plusieurs pays, promouvoir l’éco-efficience dans les entreprises ou encore consolider la protection d’une forêt naturelle par la population locale, ce n’est pas de la politique non plus – mais quelle satisfaction quand cela fonctionne et dure !

Jusque-là j’ai donc simplement vécu ma passion pour la chose publique, le bien des humains et de la nature. En 2002, nous nous sommes installés à Neuchâtel, un peu par hasard, à quatre. Car, en Bolivie, nous nous sommes lancés dans l’aventure familiale, ma fille est née là-haut et mon fils au Nicaragua, un des pays tropicaux entre les océans.

Créer des racines européennes pour nos enfants était donc un des objectifs du retour en Suisse, ce qui – faute de crèches – m’a valu une pause professionnelle et des activités bénévoles dans des ONG. J’étais membre du comité central de l’ATE quand nous avons lancé l’initiative pour les transports publics qui est devenue récemment le FIF. En 2008, les Verts m’ont demandé de faire partie de la liste des candidats aux instances législatives et exécutives de la Ville de Neuchâtel. Pourquoi ai-je accepté ? Pourquoi quitter l’engagement discret, derrière la scène, l’administration fédérale ou internationale ou encore les ONG ? Toujours l’envie de m’engager : pour l’écologie et l’humanité, puis l’urgence de faire bouger les choses à l’intérieur du système politique. Chez les Verts, quand on a de bonnes idées, de la volonté et de l’énergie, on peut les réaliser. Ce qui est magnifique à Neuchâtel, c’est que les gens d’ailleurs sont vite intégrés, au point que les citoyens les élisent comme autorités. A ma surprise totale, car je ne suis pas Neuchâteloise, même pas francophone d’origine, j’ai intégré le Conseil communal en 2011 et ai été réélue avec un score inédit.

en 2015, l’abonnement de transports publics à demi-prix pour les jeunes jusqu’à 20 ans a fait augmenter le nombre de jeunes adeptes des TP de 70%

Ai-je pu faire bouger les choses à la tête d’une belle capitale cantonale ? Comme responsable de l’éducation, de la santé et de la mobilité, j’ai fait un bilan à l’occasion des récentes élections : il y a désormais un dispositif d’accueil extra-familial qui permet à tous les parents actifs de compter sur une place pour leurs enfants ; nous avons des vélos en libre-service dont la location a passé de 13’000 à 52’000 en trois ans ; en 2015, l’abonnement de transports publics à demi-prix pour les jeunes jusqu’à 20 ans a fait augmenter le nombre de jeunes adeptes des TP de 70% ; une grande démarche participative pour clarifier la vision de mobilité urbaine durable pour notre ville a abouti à un paquet de mesures ; des toitures solaires s’installent sur les écoles ; une politique pour la population âgée est en place et comprend des aménagements facilitant leurs déplacements. Et cent autres idées sont en gestation.

Quid de la vitesse des changements par rapport à l’urgence écologique ? Rio est loin derrière, nous avons gaspillé la marge d’action et le temps que nous avions. L’urgence écologique s’est doublée de l’urgence humanitaire : jamais il n’y a eu autant de personnes déplacées. Les guerres autour de l’or noir et de l’or bleu génèrent des violences et des dégâts irréparables. La désolation des bombes m’enseigne que la révolution violente n’est pas une solution. Même si j’ai souvent envie de secouer les bornés, les arrogants et les égoïstes intelligents. Faut-il abandonner pour autant ? se conformer au système ? se contenter de notre confort ? Certainement pas !

J’ai appris qu’il y a beaucoup de voies pour arriver au but, j’ai appris la patience pour créer les conditions nécessaires au succès. Et j’ai appris que, le moment venu, il faut y aller avec toute son énergie.

faire de la politique c’est surtout avoir le courage de vivre en accord avec ses visions, contribuer à l’humanité selon ses capacités

Où trouver la motivation et les alliances nécessaires quand les urgences font tant de victimes et que la énième commission tourne en rond ? Je n’ai jamais fait de la politique politicienne, mais pour moi, faire de la politique c’est surtout avoir le courage de vivre en accord avec ses visions, contribuer à l’humanité selon ses capacités – nous voulons pouvoir nous regarder dans le miroir sans honte ! On peut philosopher longtemps, mais la motivation, la force, le courage, j’en trouve dans les petits et grands moments à apprécier tous les jours. Appelons cela joie de vivre, savourons l’énergie des jeunes et la sagesse des aînés, la famille, les copains de sport, l’amour et les balades dehors, partout et par tous les temps.

Allez les Verts, avec motivation et compétence – et joie de vivre !

Christine Gaillard
Avant d’être conseillère communale verte de la Ville de Neuchâtel (depuis 2011), Christine Gaillard s’est engagée au Rwanda, en Bolivie, puis en Amérique centrale, pour partager sa passion pour le bien des humains et de la nature. Dans sa jeunesse déjà, elle a été influencée par les écrits du Club de Rome et, surtout depuis Tchernobyl, lutte contre le nucléaire.

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